12Les dégâts causés sont désormais précisément notés : navire couché sur le côté (Adorno36, p. 368 ; Sudheim, VII, p. 1037 ; Anglure37, p. 79), navire jeté à la côte ou coulé (Sudheim, XIII, p. 1041) ; navire endommagé de multiples façons : château d’avant arraché, projeté en arrière, envahi par l’eau (Caumont, p. 26, 57), timon perdu (Anglure, p. 79), mât brisé (Caumont, p. 57), voiles déchirées et cordages rompus (Adorno, p. 368) ; incendie (Caumont, p. 57) ; hommes emportés par une lame (Sudheim, VI, p. 1036) ; bouleversements qui affectent le sol marin, dont sont arrachés sable, pierres et algues, plantes ou coraux (Sudheim, VI, p. 1036 et IX, p. 1037). 50 Chr. Ainsi en est-il, notamment, de Guillaume de Rubrouck, de Marco Polo, de Guillaume de Boldensele, de Riccoldo de Montecroce ou encore de Jean de Mandeville. 56 Statistiquement, il se place aux bornes mathématiques de l’impensable ou de l’improbable…. Deluz). Grille d’évaluation. G. Paris, Paris, Champion, 1980), La Chanson de Roland, v. 688-689 (éd. 3La critique littéraire a depuis longtemps souligné la domination d’un schéma-type caractérisant les descriptions de tempêtes, indépendamment du lieu d’origine et de l’époque de l’année où celles-ci naissent : changement de temps soudain ; personnification de la mer en furie ; déchaînement des quatre vents ; taille des vagues ; obscurité ambiante ; noirceur de la mer ; air épais (brouillard, embruns) ; météores (tonnerre, éclairs, pluie, foudre…) ; conduite des hommes (manœuvres à bord, sentiment de peur, cris…) ; méfaits et dégâts matériels (voiles déchirées, cordages arrachés, mâts brisés, gens emportés) ; prières, invocations, promesses ; durée de trois jours ; louanges à Dieu. On peut rappeler l’épisode des onze mille vierges du Roman de Brut : Es vus tempeste merveilluse ;E une nue vint pluiuseKi fist le vent devant turner,L’air neircir, le jur oscurer.Unc n’oï tant sudeementVenir tempeste ne turment.Li ciels trubla, li airs nerci,Granz fu li venz, la mer fremi,Wages comencent a enflerE sur l’une l’autre munter.En mult poi d’eure nes traversent,Neient, enfundrent e enversent,Esturman n’i poent aidier,Ne nuls hueme altre conseillier.Ki dunc oïst crier meschines […]E reclamer Deu et ses sainz […]. Vous pouvez suggérer à votre bibliothèque/établissement d’acquérir un ou plusieurs livres publié(s) sur OpenEdition Books.N'hésitez pas à lui indiquer nos coordonnées :OpenEdition - Service Freemiumaccess@openedition.org22 rue John Maynard Keynes Bat. Ton texte parle d’une tempête et d’un coup de mer Tu n’as pas parlé à la 1èrepersonne, tu … 23 On pense que beaucoup de ses confrères étaient des clercs terriens qui, sans doute, ne connaissaient pas la mer et n’en voyaient les tempêtes qu’à travers un prisme : le prisme de la littérature. Un jour alors que nous n'étions plus que Hans, mon oncle et moi.Nous décidâmes de partir à la mer sur un radeau; Nous naviguions tranquillement et le vent soufflait légèrement. Le lai d’Éliduc, le roman d’Apollonius de Tyr, la chanson de Jourdain de Blaye témoignent par exemple de tels scénarios. Dans cette perspective, la tempête n’est pas une simple péripétie ; elle est une expérience initiatique décisive, elle possède une véritable force morale et spirituelle, elle est ce que N. Doiron appelle « un rituel de la fin du temps39 ». Lestringant sur un corpus de textes du xvie siècle, « La famille des « tempêtes en mer ». P. S. Noble, Oxford, Medium Aevum Monographs, 1975, p. 57 ; désormais mentionné Caumont. B. H. Wind, Genève-Paris, Droz-Minard, 1960, fragment Douce. Jouet de la fortune de mer, le pèlerin fait l’expérience intense de la vision de sa mort41, mort la plus épouvantable qu’il soit (il n’aura pas les derniers sacrements, il sera privé de sépulture42) ; au moment de tout perdre (la vie, ses biens), il peut connaître quel est son degré de foi, c’est-à-dire d’abandon, de confiance dans ce Dieu qui tient son salut entre ses mains43, éventuellement, s’il est homme de religion, quelle est la vérité de sa vocation, censée être faite de renoncement à ce monde et à ses biens : […] l’épreuve de la tempête représente pour le voyageur une épreuve de vérité d’une force fabuleuse. -J'en déduis qu Tempête dans voyage au centre de la terre inventée. et trad. L'inquiétude se lut sur son visage. et trad. BONGOYO évolue loin à l’Est de Maurice à environ 1870 km. 2008. En effet, le ciel était noir, sombre à en avoir des frissons dans le dos. 44 N. Doiron, « Les rituels de la tempête en mer », art. 6En revanche, la récurrence de ces traits explique aussi une monotonie presque abstraite de ces scènes de tempêtes, estompe de l’emphase et responsable d’une certaine « grisaille14 ». Une rédaction de Morgane G. : Faite le 10. 17 Cité par J. Grisward dans son article, p. 379. L’une onde a l’autre la [nef] balance, Si com an joe a la pelote » (Guillaume d’Angleterre12, v. 2278-79) ; les quatre vents « tanc [ent] », « s’aïrent », « font […] lor guerre com font li baron de la terre (Id., v. 2273, 2283, 2305-06), sont « irascu » (Troie, v. 27581). 23Comme Chr. Il est possible que sa vie a été empoisonné par toutes sortes de peurs et phobies, pour faire face à un expert qui ne l'aiderait. Dans la littérature de voyage proprement dite, plus géographique, qui veut mesurer le monde et en rendre compte par le détail, la tempête est un épisode le plus souvent omis, comme s’il ne s’agissait plus que d’une anecdote sans importance, qui continue cependant d’apparaître dans le journal de bord des navigateurs. Comme le remarque Chr. Chr. Plus qu’un phénomène météorologique, la tempête est une expérience : son écriture est nécessairement marquée, en littérature, du sceau de la subjectivité, de l’emphase, même quand elle est pré-formatée sur un modèle légué par la tradition et cadré par les stéréotypes. Deluz, le titre choisi par saint Willibald, Vie ou plutôt pèlerinage… (désormais mentionné Willibald), va dans le même sens : « toute la vie du chrétien est un pèlerinage et quitter sa terre, sa famille pour l’outremer, c’est manifester de façon tangible que l’on est étranger et voyageur sur la terre » (« Introduction », Croisades et Pèlerinages…, op. Ainsi, la mer en tempête semble exiger un tribut, comme dans l’épisode biblique de Jonas : il faut jeter par-dessus bord l’être qui, par son péché ou son impureté (une femme récemment accouchée, par exemple), a déclenché la fureur divine et est responsable de la tempête. Et, par là, c’est témoigner d’une volonté de hiérarchiser les informations que l’on transmet ; c’est suggérer que le spectaculaire, voire le sensationnel, a désormais changé de lieu (endroit et topique tout à la fois). et trad. La tempête Bella qui sévit en ce début de week-end sur les îles britanniques va déborder sur la France. Elle se deplace lentement vers le Sud-Sud-Ouest à environ 8 km/h. 17Pourtant, l’épisode de la tempête en mer est loin d’être généralisé dans les relations de voyage. Ils semblaient voués à affronter la tempête, ils n'avaient pas le choix. 9La tradition judéo-chrétienne y ajoute l’idée courante que la tempête est moins un phénomène météorologique naturel 30 que l’expression d’un courroux divin, d’un châtiment que l’on cherche à apaiser par une prière à Dieu, à Marie, à des saints maritimes (Nicolas, Clément, Julien). En quoi le motif de la tempête a-t-il une dimension épique ? En plus des critères habituels attendus pour une rédaction (la cohérence du contenu – ici, le réinvestissement des connaissances historiques et littéraires sur … D. Boutet, Th. 14 J. Grisward, « À propos du thème descriptif de la tempête… », art. Dans le voyage spirituel entrepris comme expiation, en guise de remerciement, pour se rapprocher de Dieu, la tempête est une sorte d’épreuve qualifiante du bon chrétien, pendant laquelle le Diable s’efforce d’empêcher la réussite du projet pieux. Par Manon Loubet Publié le 26 Déc 20 à 9:34 J. Perret, Paris, Les Belles Lettres, 1977 et 1978) ; Ovide, Les Métamorphoses, XI, v. 480-572 (éd. Pleine de vraisemblance, elle perturbe ce qui semblait établi ou acquis d’avance et permet de surprenants revirements de l’action : disparition ou séparation des uns et des autres ; changements de décor et passage à des lieux inhospitaliers ou inattendus. Autre réussite cinématographique fondé sur des faits réels, Lame de Fond de Ridley Scott est sorti en 1996.Il relate la tragédie du voilier Albatross en 1961. En effet, le ciel était noir, sombre à en avoir des frissons dans le dos. De Dieppe à Rouen : îles, mers et navigation, La mer et la mort dans la matière de Bretagne, , Presses Universitaires de Bordeaux, 2015, , Presses Universitaires de Bordeaux, 2012, Portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales, Une expérience qui est mise à l’épreuve de la foi, Suggérer l'acquisition à votre bibliothèque. W. W. Kibler et Fr. Il coulait lentement. J. Monfrin, Paris, Classiques Garnier, 1995 ; désormais mentionné Joinville : « […] le vent qui nous avoit flatis sus Chypre, la ou nous deumes estre noiés, leva si fort et si orrible car il nous batoit a force sus l’ille de Cypre, car les mariniers geterent leur ancres encontre le vent ne onques la nef ne porent arester tant que il en orent aportés.V. Toujours, elle apparaît comme un épisode dramatique intense, expression divine de l’implacable courroux et de l’omnipotence. Fr. On consultera avec profit l’étude que J. Grisward donne de ces séquences et de leurs variantes manuscrites. I. Mais la nuit ! milles entre midi et selot, adoncque vient en une grant ylle, Java53. 20 Éd. Merci, nous transmettrons rapidement votre demande à votre bibliothèque. ex., Floriant et Florete, éd. cit., p. 239. vociféra le vieux loup de mer. Une trentaine de maisons ont été endommagées selon la mairie. L'orage s'installait. Connochie-Bourgne, Chantal. ), 32 Dans la chronique de Robert de Clari, p. OpenEdition est un portail de ressources électroniques en sciences humaines et sociales. Il allait finir par s'enfoncer dans les abîmes, les ternes profondeurs de l'océan. Elle est l’une des deux dépressions situées au Nord-Est des Mascareignes. Les nuages obscurs ne laissaient pas entrevoir un seul rayon de soleil. 10Loin de ces stéréotypes, la tempête apparaît tout autre dans les récits de croisades ou de pèlerinages. Voir aussi, p. Lachet, Sone de Nansay et le roman d’aventures en vers au xiiie siècle, Paris, Champion, 1992, p. 639-646. Des rafales allant jusqu'à 143 km/h ont été mesurées par la station météorologique du cap Gris-Nez, à Audighen dans le Pas-de-Calais, en … “L’écriture de la tempête en mer dans la littérature de fiction, de pèlerinage et de voyage”. Le bord de mer a été fermé, le littoral a été dévasté…. 38, 1981, p. 74. La description en est très longue et elle déclenche une quadruple promesse faite, en dernier ressort, pour calmer les éléments déchaînés ; or, en la circonstance, le sort désigne Colomb à deux reprises sur quatre pour s’acquitter des engagements formulés au nom de l’équipage et fait de lui le pèlerin à venir à Sainte-Marie de la Guadalupe et le fidèle qui priera une nuit à Sainte-Claire de Moguer où il fera dire une messe. Cet étrange hasard56, qui calme la tempête, ne permet-il pas à l’Amiral d’assumer complètement la direction du navire qui lui a été confié et d’en recueillir, le cas échéant, tous les bénéfices possibles57 ? On peut reprendre et préciser le schéma donné par le critique8 : 1. Environnement. La tempête Bella arrive en Normandie, samedi 26 décembre 2020, avec de fortes rafales de vent, de la pluie, et une mer déchaînée. Au bout de trois jours, la brusque embellie.5. Jean de Vignay, par exemple, traduisant en français Oderic de Pordenone au xive siècle, ne conserve que la mention d’une tempête comme évident châtiment et se dispense de sa description51. 36 Itinéraire d’Anselme Adorno en Terre Sainte (1470-1471), éd. Ménard, Genève, Droz, à paraître. 57 Voir Œuvres complètes, éd. Krämer 15 ont bien mis en évidence, jadis, le schématisme dû aux expressions formulaires, d’autant plus sensibles qu’elles exploitent davantage le vocabulaire commun que l’idiome des gens de mer16 : Nercist li ciel, nercist la nue (Conception de Notre-Dame17, p. 4)Li ciels neirci, li airs trobla (Brut18, v. 2482)Li ciels trubla, li airs nerci (Brut, v. 6047)Li ciels nerci, la mer trubla (Rou19, III, v. 2757)Li ciaus trouble, la mer espoisse (Guillaume d’Angleterre, v. 2269)L’airs oscurci e espessa (Troie, v. 27575)Truble li tens, l’air espessist (Tristan de Thomas20, v. 1599). G. Neumann, Archives de l’Orient latin, 2, 1884, p. 305-77). 22 Voir, p.