Elle a également pris conscience de son ignorance, due à la volonté d’Arnolphe, et exprime le désir d’apprendre : « Je ne veux plus passer pour sotte si je puis. La lecture de la lettre révèle en effet l’habileté de la phrase qui a accompagné le « grès », avec son double sens : « je sais tous vos discours » se comprend, pour Arnolphe, comme « j’ai compris qu’ils étaient mensongers », mais, pour Agnès, cela signifie « je crois », et, bien sûr, « voilà ma réponse » n’est pas « le grès » mais la lettre. Il devient donc un "surprenant mystère", capable de créer en un être l'instinct d'aimer ce qui, précisément, lui est destiné : "Le hasard en ces lieux avait prémédité, / Ce que votre sagesse avait prémédité." Molière réalise un dénouement rapide : trois scènes suffiront, dont la scène 8, très brève, pour dénouer l'intrigue. comment cela ? Un personnage, souvent un dieu ou un envoyé des dieux, descendait d'une "machine" sur scène, et venait tout arranger en révélant la vérité : une naissance secrète, un enfant enlevé... Or, ce procédé n'est guère vraisemblable, car tout semble se résoudre au dernier moment, comme par miracle ! » (v. 946). Pour échapper à ce reproche, Molière prend donc soin d’annoncer ce retour, dès la scène 4 de l'acte I : on y apprend l’arrivée prochaine du père d'Horace accompagné d’un « seigneur Enrique », mais Horace déclarait alors : "La raison ne m'en est pas connue". Bien sûr, le but de Molière est d'abord de faire rire : il reprend pour cela un des thèmes favoris de la farce, le mari trompé et l'inépuisable ruse féminine, et un personnage de la commedia dell’arte, l’amoureux étourdi. Il est enfermé dans l'orgueil de sa propre supériorité comme en témoigne le ton solennel adopté au début du texte, avec "bénir l'heur de votre destinée", comme si cet union se faisait avec un dieu qui daignait s'abaisser à épouser une simple mortelle, ou "nœud glorieux" avec la diérèse qui renforce l'adjectif. De … tout semble se résoudre au dernier moment, comme par miracle ! Le ton d’Arnolphe révèle, au début, une véritable indignation face à la fuite d’Agnès avec Horace. Il rejette l'instauration de nouveaux jours fériés aux dates des principales fêtes juive et musulmane […] Lire la suite, minoritaires pour défendre le port du voile à l'école. Il propose de mettre en usage un questionnement systématique des femmes par les professionnels de santé, de permettre le dépôt de plainte à l’hôpital, de promouvoir l’égalité entre les sexes à l’école et de prévenir l’accès des collégiens à la pornographie. En même temps, il développe un éloge de sa propre personne pour lui montrer à quel point il lui fait une faveur en l'épousant, mais sans penser un seul instant aux sentiments de la jeune fille. Mais il est obligé de garder le silence, face à Horace. On peut imaginer le changement de visage d’Arnolphe, inquiet, mais qui devra attendre le vers 915 pour savoir quel est cet « incident ». Le mariage n'est donc qu'un ensemble de contraintes pour l'épouse, une réalité sociale du XVII° siècle : la femme mariée est juridiquement mineure, cette conception est soutenue par l'Église, Après de brèves salutations, des vers 844 à 852, le passage, qui répond à l’interrogation d’Arnolphe, est, Déjà sa volonté d’abréger les salutations révèle, sa joie, son impatience, son désir de savourer le triomphe dont il est certain, Mais, en même temps, Arnolphe est obligé d’être, hypocrite en continuant à feindre d’être l’ami d’Horac, Une étape a donc été franchie : Arnolphe ne se contente plus de recevoir des confidences, il savoure l’effet de son plan. On observe d’abord son aptitude nouvelle à raisonner, soulignée par Arnolphe. Vient alors le temps des succès avec, notamment, Les Précieuses ridicules en 1659 et L'École des femmes en 1662. Enfin elle formule un reproche implicite : « Et je ne savais pas encore ces choses-là ». Incapable de créativité dans la parole au début de la pièce, elle peut à présent conduire un raisonnement, en retournant contre Arnolphe ses propres arguments : « J’ai suivi vos leçons, et vous m’avez prêché / Qu’il se faut marier pour ôter le péché ». / Peste! Ainsi la vérité sur la naissance d'Agnès produit un retournement de situation brutal, un coup de théâtre. Arrive alors la troisième gradation, qui définit le rôle de l'époux tout-puissant : "son mari, son chef, son seigneur et son maître". Mais c’est uniquement ici qu’il évoque cet amour, et on le sent blessé et amer : « Je m’y suis efforcé de toute ma puissance ; / Mais les soins que j’ai pris, je les perdus tous. Mais le spectateur plaindra-t-il Arnolphe ? Molière recourt à la technique du « deus ex machina », héritée de la comédie antique. On peut ensuite imaginer ses réactions de dépit et de colère par la série de questions à la fin de la tirade d’Horace, avec la reprise du même verbe (« n’êtes-vous pas surpris? En quoi consiste l'idéal de "l'honnête homme" ? L'école des femmes. « L'ÉCOLE DES FEMMES, Molière - Fiche de lecture », Encyclopædia Universalis [en ligne], Une question majeure se pose alors : faut-il instruire les femmes, ou faut-il les éduquer à obéir et à admettre que « du côté de la barbe est toute la puissance » ? C’est en effet une pièce qui dénonce des défauts humains mais qui interroge également des sujets de société ambitieux comme l’éducation des femmes, la domination masculine… Arnolphe se distingue également par sa complexité presque tragique. Huile sur toile, 75 x 70. Sur deux points, cette pièce apportait des nouveautés importantes. D’ailleurs l’aparté d’Arnolphe, avec son insulte à Agnès, « friponne », révèle sa colère. Emmanuel Macron proclame la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes grande cause nationale du quinquennat. Molière ne prône rien de moins qu'une conception du naturel fondé sur l'intuition Cet éloge est soutenu par une série d’antithèses, qui montre la puissance de ce sentiment sur les traits de caractère : vers 906-907. Elles-mêmes instruites, les Précieuses tiennent salon dans les "ruelles". Peu à peu, face aux propos d’Arnolphe, elle accède à la conscience de soi. - Moi ? Si l'on imagine que la mise en scène place Arnolphe entre eux deux, cela ne peut que produire un effet comique qui achève de détruire toute illusion de vérité. «  L'ÉCOLE DES FEMMES, Molière  » est également traité dans : L'École des femmes, de Molière. Musée des Beaux-Arts de Rouen. Mais la réaction soumise d’Agnès, au vers 1568, inverse la situation, en contraignant Arnolphe à changer de ton. », qui, plus que de l’étonnement face à son propre comportement, peut laisser supposer que tout ce discours n’est qu’une manœuvre de plus pour conserver Agnès en triomphant de ce rival auquel il ne cesse de se comparer : « tu seras cent fois plus heureuse avec moi » (v. 1591). Les Précieuses veulent qu’on « donne du prix » à la condition féminine et elles revendiquent l’égalité entre l’homme et la femme. Dans quels théâtres se jouent les pièces ? Lire la suite, . Ici éclate son mépris pour Agnès. Analyse des personnages. C'est la pièce de théâtre qui eut le plus de succès et rapporta le plus à la troupe de Molière. Il s’ouvre par une formule empruntée à l’auteur tragique Corneille : « l’amour est un grand maître » (v. 900), repris par la comparaison à « des miracles ». Autant d'éléments qui permettent de mieux comprendre la comédie de Molière. L'acte V la montre pleinement devenue femme, a acquis le pouvoir de faire souffrir l’homme, Parallèlement, elle a fait évoluer Arnolphe. Il était, en effet, fréquent, à cette époque, d’acheter un titre de noblesse, et Arnolphe revendique hautement, auprès de Chrysalde, sa volonté : « Mais enfin de la Souche est le nom que je porte : «  J’y vois de la raison, j’y trouve des appas ; / Et m’appeler de l’autre est ne m’obliger pas. Elle a conquis son identité de femme, et cette revanche ne peut que réjouir le public. Le conflit, qui éclate dès qu’Agnès reconnaît Arnolphe, va croissant jusqu’à la menace physique. Enfin, un décalage par rapport à la norme sociale, la base même de l’intrigue de la pièce, avec les confidences d'Horace sur ses projets, Le public, complice, rit alors des apartés, Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer. Sur le plan idéologique, Molière dénonce une conception paternaliste de la femme. 1er temps de la rencontre : la joie d'Arnolphe, par la Compagnie Jean Thomas, Avignon, Mais, en même temps, Arnolphe est obligé d’être hypocrite en continuant à feindre d’être l’ami d’Horace. oh ! Ainsi les couvents se chargent de les rendre les plus innocentes possible. GENRE. La suppression de ce mot était donc sociale, histoire de remettre les femmes à leur place. traître !". Le comique de cette scène vient donc de l'inversion de situation au cours du dialogue. La Préciosité : une nouvelle image des femmes. Il trouvera en eux une inépuisable source d'inspiration. ». Malgré les confidences successives d’Horace, toutes les précautions d’Arnolphe pour l’écarter d’Agnès, qu’il veut épouser lui-même, ont échoué. Mais, toujours confiant en l’amitié d’Arnolphe, il lui confie Agnès. 2ème temps de la rencontre : le dépit et la colère d'Arnolphe. » Cette querelle, habilement exploitée par Molière, lui donne l'occasion de répondre aux critiques qui lui sont adressées et de préciser son projet dramatique dans une comédie intitulée La Critique de l'École des fem… » (v. 1537-1538) Il semble alors enfin comprendre ce que lui expliquait Horace : « Chose étrange d’aimer » (v. 1572) Il en arrive ainsi à supplier Agnès (« aime-moi ») en se lançant dans un long discours où il renonce à tout ce en quoi il croyait, à commencer par la soumission qu’il exigeait : « Tout comme tu voudras tu pourras te conduire » (v. 1596). Il faut aussi imaginer les gestes et les mouvements nés du texte, et que l'acteur, guidé par son metteur en scène, va créer librement. Aussi a-t-il décidé d’épouser sa pupille Agnès, élevée dans l’ignorance. N’oublions pas que la pièce a été composée l’année même où tant de ses ennemis blâmaient Molière de son mariage avec Armande Béjard, de vingt ans plus jeune que lui. Ainsi il lui reproche son inconduite, un manque de morale : « des rendez-vous la nuit », « vous évader sans bruit », « Suivre un galant n’est pas une action infâme ? ​, Puis Horace crée un effet d’attente, par le connecteur d’opposition « Mais », et la reprise du verbe : « ce qui m’a surpris », « va vous surprendre » (v. 896). EAF 2020 - ». Molière se fait ici le défenseur de l'égalité des sexes, conception très moderne, puisqu'elle est encore loin d'être réalisée au XXI° siècle. Le débat dans le pays s'élargit à celui du droit des femmes et à la question de l'immigration en France. Cependant, malgré une surveillance très présente, l’homme n’est pas à l’abri d’une infidélité de sa femme. 6 Les Ecoles de Molière sont censées donner une leçon.  : […] devenue capable de lutter pour son amour. La dernière phrase de Chrysalde, "rendre grâce au Ciel qui fait tout pour le mieux", est une façon d'affirmer que l'amour n'est pas blâmable. Elles y lisent les romans à la mode, y reçoivent de "beaux esprits", conversent autour de leur sujet favori, l'amour. Puis Horace crée un effet d’attente, par le connecteur d’opposition « Mais », et la reprise du verbe : « ce qui m’a surpris », « va vous surprendre » (v. 896). - Acte V, scène 6 : Horace confie à Arnolphe le projet de son père de le marier, et lui demande son aide. C’est par Horace que nous apprenons d’abord l’évolution d’Agnès dans les deux actes suivants. Là encore, la scène d’exposition nous apporte l’information. Arnolphe va tirer profit de  cette confidence : il coupe cours à l’amour naissant d’Agnès en lui annonçant son projet de l'épouser et en lui interdisant de revoir le jeune homme. La tentative du héros pour se hausser à la noblesse tragique, pour recourir au pathétique afin de toucher Agnès, ne sert en fait qu’à le transformer en un prétendant ridicule. Molière fait ici un plaidoyer en faveur de la sincérité du cœur, de la vérité des sentiments, que l’on retrouve dans toutes ses pièces de théâtre. NARRATEUR. Le premier combat de Molière travesti en Arnolphe, les Maximes du mariage comme passage obligé du tyran domestique, le jeu des quiproquos. - Acte III, scène 4 : Il lui confie la ruse d'Agnès (une lettre avec un naïf aveu d'amour) qui détruit la première "précaution" de celui-ci : l'obliger à renvoyer Horace en lui jetant un « grès ». « Innocence » signifie, en effet, « incapable de nuire », or, ici elle le blesse en profondeur, et consciemment. L’épouse n’a que des devoirs : elle tient le ménage et assure la descendance de son mari. Or, il suffira d'une phrase de Chrysalde, "C'est Monsieur de la Souche, on vous l'a déjà dit", pour qu'Horace comprenne le machiavélisme d'Arnolphe et sa propre erreur. Ainsi, son amour est nettement rejeté par Agnès. Gabriel-Jacques de Saint-Aubin, Le Triomphe de l'amour sur tous les dieux, 1752. » (v. 862), « je trouve fâcheux l’état où je vous vois » (v. 883) accentué par « Certes j’en suis fâché pour vous, je vous proteste » (v. 885). Mais cette première réponse peut encore passer pour l’effet de son « innocence ». 25 novembre 2017, Publication du rapport Stasi sur les signes religieux à l'école. Pour qu’il y ait une égalité parfaite entre l’homme et la femme, cette dernière doit être instruite. Musée Carnavalet, Paris. La scène 5 de l’acte II confirme cette présentation à travers son peu de conversation, par l’aveu naïf de sa rencontre avec Horace, et la façon dont elle s’est fait duper par l’entremetteuse. L’école des femmes, Le Tartuffe, Le Misanthrope, Les Femmes savantes, Le Malade imaginaire I. Pour Arnolphe, on peut imaginer à l’acte I, scène 4, ou à l’acte III, scène 4, après qu'Horace lui a lu la lettre d'Agnès, les mimiques suggérées par les apartés, ou sa toux forcée : ARNOLPHE. Horace renforce ce sentiments par ses impératifs insistants, « Dites », « Riez-en donc un peu » (v. 926), que souligne la didascalie, répétée à cause de l’insistance d’Horace : « un ris forcé » , puisqu’il est obligé de rire pour ne pas éveiller les soupçons d’Horace. » (v. 923) qui marque sa surprise devant le silence d’Arnolphe, obligé de se contraindre. La pièce de théâtre, novatrice par son mélange inédit des ressources de la farce et de la grande comédie en vers, est un immense succès, et suscite une série de débats connus sous le nom de « Querelle de L'École des femmes. On notera le ridicule des arguments : en quoi la "barbe" serait-elle un signe de supériorité ? Arnolphe lui-même signale cette évolution dans la scène 4 de cet acte : « Et vous savez donner des rendez-vous la nuit / Et pour suivre un galant vous évader sans bruit. Quelle évolution psychologique des personnages cette scène révèle-t-elle ? Jusqu’à présent Horace faisait surtout l’éloge de la beauté d’Agnès, qui avait été présentée comme naïve et innocence, image que ses réactions face à Arnolphe avaient confirmée. Dites-moi franchement ce qui en est : car enfin, comme je suis sans malice, vous auriez le plus grand tort du monde, si vous me trompiez. De plus, la société du XVII° siècle ayant vu les Précieuses revendiquer leur indépendance, il fait un portrait péjoratif de ces "femmes d'aujourd'hui qualifiées de "coquettes vilaines", et de leurs "fredaines", c'est-à-dire leurs aventures amoureuses avec les "jeunes blondins". Être amoureux ne garantit en rien le mariage car les filles sont livrées aux hommes par des marchés entre les pères de famille. Elle a vingt ans de moins que lui... on imagine aisément les commérages ! Synthèse critique: C.Hemmeryck. - Acte IV, scène 6 : Il lui confie son projet de rendez-vous secret dans la chambre d'Agnès. Une série d'exemples soutient cette argumentation, en jouant sur une triple gradation. Elle est précisée à la scène 6 de l'acte V, qui se présente comme l'ultime péripétie : "il m'a marié sans m'en récrire rien" avec la "fille unique" d'Enrique, déclare Horace. C'est notamment le cas pour les deux protagonistes par exemple pour la gestuelle dans le récit d’Agnès (Acte II, 5) avec les révérences répétées de celle-ci pour mimer la rencontre. Elles vivent ainsi dans un monde d'illusions, où tout ce qui est naturel est présenté comme un "péché". Parallèlement, elle a fait évoluer Arnolphe, qu’elle oblige à un aveu amoureux. Mais Molière s'écarte de la farce par un emploi du comique plus original : il le fait intervenir au moment où la tension dramatique pourrait rendre la situation des personnages pathétique, ou bien quand le conflit s'intensifie. C'est notamment le cas des bousculades entre eux, et des coups reçus à l’acte I, scène 2, qui suscitent chez eux une véritable terreur face à leur maître. 4  Parallèlement la scène produit un basculement du mensonge à la vérité. L'ÉCOLE DES FEMMES COMÉDIE en CINQ ACTES MOLIÈRE 1662 Publié par Gwénola, Ernest et Paul Fièvre, Janvier 2015 - 1 - - 2 - L'ÉCOLE DES FEMMES COMÉDIE en CINQ ACTES Molière 1662 Réprésentée sur le Théâtre du Palais-Royal le 26 décembre 1661 - 3 - À MADAME. Paradoxe que cette gloire éclatante qui se heurte à d'incessants obstacles... comme pour mieux s'affirmer ! N’est-ce pas là aussi la réponse qu’il leur adresse ? - Acte V, scène 2 : Horace, qui a déjoué la ruse d'Arnolphe, lui confie son projet d'enlever Agnès et lui demande son aide. Élargissez votre recherche dans Universalis, Le décor et le contexte de L'École des femmes sont à la fois parfaitement conventionnels et radicalement contemporains : « la scène est dans une place de ville », autrement dit dans le lieu carrefour de la comédie, et dans la ville des années 1660, Paris, capitale de la galanterie et dans le même temps dominée par la puissance patrimoniale. ", Pour en savoir plus sur la vie de Molière : un site très complet. Cela révèle aussi son égoïsme. Résumé : L’École des femmes de Molière (1661) Arnolphe prétend qu’une femme ne peut être sage et vertueuse qu’autant qu’elle est ignorante et niaise. La distanciation est également due aux effets comiques produits par une gestuelle que la didascalie, « Il fait un soupir », permet d’imaginer : Arnolphe imite tous les gestes des galants, mais jusqu’à la caricature. On note aussi le comique de répétition, comme le chapeau ôté de la tête d'Alain trois fois dans cette scène, ou la répétition du rejet d’Horace à la scène 4 de l’acte IV. Cette tendance est renforcée, chez Molière, par sa collaboration avec les Comédiens italiens qui mettent en scène la commedia dell’arte. Il accentue aussi l’intérêt qu’il porte à cette aventure amoureuse, en faisant semblant de le plaindre : « Quel malheur ! - Acte I, scène 4 : Il lui confie sa rencontre avec Agnès et son amour naissant. De ce fait, elle s’affirme elle-même, en répondant point par point à Arnolphe dans la stichomythie. Certes il évoque toujours Agnès comme « cette jeune beauté » et parle de « sa simplicité », mais on le sent sincèrement touché par la sincérité d’Agnès : « Tout ce que son cœur sent, sa main a su l’y mettre » (v. 941), « la pure nature » (v. 944). Difficilement, en raison de la distanciation que Molière prend soin de maintenir. Mais derrière cette jalousie, on sent la possessivité d’Arnolphe, son égoïsme profond, et son orgueil blessé, qui le conduisent jusqu’à la menace de violence : « une gourmade », « quelques coups de poing » (v. 1564-1567). Le dénouement classique doit répondre à trois "règles". Arnolphe fera tout, au contraire, pour en dissuader Oronte. Il doit être complet : le plus souvent, il réunit sur scène tous les personnages, comme dans cette pièce ; il doit être rapide ; enfin,  il doit être nécessaire, c’est-à-dire satisfaire la logique de l'intrigue, mais aussi la morale. Un an plus tard, en juin 1661, Molière créait L'École des maris . Pour le spectateur, c'est, en tout cas, une satisfaction de voir les excès d'Arnolphe ainsi punis, la morale est sauve. Huile sur toile, 75 x 70. …pour nos abonnés, l’article se compose de 3 pages. La grande scène (III, 2) où Arnolphe lit à Agnès Les Maximes du mariage ou les devoirs de la femme mariée, avec son exercice journalier devient un enjeu idéologique intéressant, lorsqu'on sait qu'un comédien, par définition excommunié et réputé amoral par sa fonction et par sa vie, serine une parodie de directives spirituelles et morales – si courantes à l'époque – pour les rendre ridicules. Après le récit naïf de leurs rencontres par Agnès, Arnolphe interdit à la jeune fille de le voir, lui ordonnant de jeter "un grès" par la fenêtre pour le chasser: "Je suis maître, je parle : allez, obéissez." Les personnages: ARNOLPHE, autrement M. DE LA SOUCHE (le nom renvoie au saint patron des maris trompés "saint Ernol, le seigneur des cocus") ») et l’interjection « Euh! Donc, en ridiculisant cette conception, c'est aussi l'Église que Molière attaque. (vers 1766-1767). Après la période de l'Illustre théâtre", fondé en 1643 avec Madeleine Béjart, et les difficultés financières alors rencontrées, Molière s'installe dans la salle du Petit-Bourbon, qu'il partage avec les Comédiens Italiens. Cependant la fin de la scène montre déjà un éveil du sentiment amoureux, qu’elle ne sait pas encore définir : «  […] là-dedans remue / Certain je ne sais quoi dont je suis toute émue. Au XVIIe siècle, se développe un mouvement de contestation : la Préciosité. 5 Arnolphe est un homme d’âge mûr qui aimerait jouir du bonheur conjugal, mais il est hanté par la crainte d’être trompé par une femme. Il devient donc, un "surprenant mystère", capable de créer en un être l'instinct d'aimer ce qui, précisément, lui est destiné, Les mariages arrangés vont contre cet instinct naturel, Molière considère donc que la plus grande règle est de, suivre une morale naturelle, celle qui préserve la vérité des cœurs, sans tomber dans l'excès d'une passion obsessionnelle, en respectant la dignité et la liberté d'autrui, La scène 5 de l’acte II confirme cette présentation, Cependant la fin de la scène montre déjà un éveil du sentiment amoureux, un début de résistance, encore très timide, C’est par Horace que nous apprenons d’abord, l’évolution d’Agnès dans les deux actes suivants. Quand Molière fait représenter L'École des Femmes en 1662, les spectateurs sont déroutés, car ils n'avaient jamais vu une pièce de cette forme ! Il reproche aussi aux conventions sociales de contraindre la nature, qui pousse la jeunesse vers la jeunesse. Les jeunes séducteurs deviennent donc des incarnations du "malin" (du diable) et manquer à un "devoir" est un péché, qui sera puni comme tel : une vision de l'Enfer destinée à faire peur à la future épouse (vers 727-728) est alors dépeinte. Aussi, pour avoir une épouse à sa guise, il fait élever sa jeune pupille, Agnès, au fond de sa maison, sous la garde d’un valet et d’une servante aussi niais qu’elle. » en réponse au mot « malheur » employé par Horace, est en fait un cri de triomphe ;  « La porte au nez », répété en écho à la phrase d’Horace, montre qu’il est plein d’enthousiasme en entendant Horace lui raconter la façon dont ses ordres ont été bien exécutés. Elle ose d’abord le contredire : « Oh ! Lorsqu’elle est mariée, elle est coupée du monde, son mari en fait ce qu’il veut car elle n’a aucun droit, pas même celui de gérer l’argent de sa dot ou d’éventuels héritages. , vers 1650. Pour répondre à ces questions : cliquer sur l'image. Le théâtre de Molière. Classiques. Les questions révèlent la blessure d’Arnolphe, et son ironie est très amère : « Le deviez-vous aimer, impertinente ? Elle a mesuré son mépris envers elle, et ne se laisse plus humilier. Dans sa Préface, écrite après les critiques adressées à sa pièce, Molière insiste sur son but premier, faire rire le public : « Bien des gens ont frondé cette comédie ; mais les rieurs ont été pour elle, et tout le mal qu’on en a pu dire n’a pu faire qu’elle n’ait eu un succès dont je me contente. À la fin de la scène 5, on constate donc un début de résistance, encore très timide cependant. Le public ne peut que se placer dans le camp de ces deux jeunes amoureux, touchants par leur vérité. Mais, à son époque, les goûts ont évolué sous l'influence de la Préciosité et de son intérêt pour les péripéties amoureuses. Au moment de leur mariage, elles savent le plus souvent à peine lire et écrire ; de la sorte elles peuvent être soumises et obéissantes à leur mari.